Moi, mes enfants je leur dirai la vérité

 

Existe-t-il quelque chose de pire que des enfants qui mentent? Peut-être des parents qui mentent. Il faut montrer l’exemple, han. Si on veut des enfants honnêtes, soyons des parents honnêtes. C’est ce que je me dis. La majorité du temps. Et parfois, mon moi à boutte d’expliquer des choses ou de négocier avec des enfants intelligents, prend le dessus. Je m’entends mentir, comme si j’étais à l’extérieur de mon corps. Comme si ce n’était pas vraiment moi qui parlait. Les anglos disent little white lie : « petit mensonge blanc » et il n’y a pas d’équivalent aussi soft et juste en français. Petit mensonge blanc qui ne fait pas de mal. Bien contraire, il fait du bien à la santé mentale!

 

Il y a le mensonge pour éviter d’annihiler l’imaginaire d’un enfant de 4 ans :

Quand mes enfants me disent “Papa c’est le plus fort!”, bien sûr que je leur réponds que oui. Ils se rendront compte bien assez vite qu’ils vont un jour aussi pouvoir pousser l’auto pour la sortir du banc de neige lorsqu’elle est sur neutre, et que leur père n’est pas un super-héros. Ben coudonc.

 

Et il y a mon mensonge préféré :

Je l’utilise lorsque je sais que mon petit est simplement trop fatigué et pleure dans son lit. Qu’il ne se possède plus. Qu’il s’endormira entre temps de toute façon :

– Je reviens te voir tantôt, mon trésor.

 

Lorsque je me fais pogner, je réponds simplement, désolée j’avais oublié, mon trésor. Bébéfafa.

 

credit Philipp Berndt

 

Voici une variation moins drôle sur le même thème, mais qui me tourne en tête ces jours-ci. Je me questionne beaucoup sur la pertinence de révéler ou non des « secrets » à nos enfants. Mon père qui est décédé en août 2014, avait un trouble de santé mentale s’apparentant à la bi-polarité. Trouble l’ayant affecté particulièrement vers la fin de sa vie. J’ai l’impression que ses gestes et ses réactions étaient teintées par sa maladie et c’est normal. Après la naissance de mes enfants et un gros souci de santé vécu par lui, il est passé en mode interminable « règlements de comptes » avec moi. Pour des événements me semblant anodins ayant eu lieu entre lui et moi ou par exemple, des histoires qui avait eu lieu entre ma mère et lui quand j’étais petite. Il mélangeait les affaires. Ses paroles m’ont été très blessantes et difficiles à encaisser. J’ai pris une belle grosse débarque émotive. Surtout parce qu’il ne m’avait jamais parlé de sa maladie, parce que je ne savais pas.

Ce n’est pas qu’il ait menti, mais je présume que ça lui était tabou et qu’il n’avait pas osé en parler franchement à ses enfants. Et initialement, je n’arrivais pas à mesurer l’impact de son bobo sur son comportement.

 

Pendant ses dernières années, notre relation fut très houleuse. Peinée, je l’accepte tranquillement. Les j’aurais dû ne changent pas grand chose, mais tant pis : j’aurais aimé savoir qu’il souffrait d’un trouble avant, pour pouvoir mieux accepter la situation et réussir à me détacher l’émotif plus facilement. Pour m’éviter une thérapie.

 

A postériori, j’ai compris qu’il ne voulait pas faire de mal. Il me l’a même dit. Il n’avait pas les compétences émotives pour prévoir les conséquences de ses gestes. Reste que, les impacts de ces débandades furent bien réels. Mon deuil de ma relation avec lui fut entamé avant qu’il ne meure.

 

Je me conforte dans le souvenir de notre amour mutuel (un peu ébranlé par bouttes) par chance remis en mots lorsque les tempêtes furent calmées. Et de sa fierté par rapport à moi et mon frère, qui n’a jamais bougée malgré toutes ces passes de m*rde.

 

Moi, mes enfants, je leur dirai la vérité le plus souvent possible. Pour vrai.

 

Au Québec, une personne sur cinq souffrira au cours de sa vie de maladie mentale, à bas les tabous entourant la maladie mentale!

Marie habite à Montréal, est co-fondatrice de www.enamour.co et une maman sérieuse, la plupart du temps. Ok non pas la plupart du temps pantoute.

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