Le chiffon anti-face de boeuf

Sophie n’est presque pas sortie de chez elle de l’hiver. Elle l’a eu dur. Plus que tous les autres hivers. C’est bien normal, avec tout ce temps de merde. Et on parle pas ici de météo, non. Mais bien du temps nécessaire pour se guérir de lui. Elle l’avait tellement aimé. Elle avait probablement trouvé le bon. En tout cas, elle y avait vraiment cru.

Ils s’étaient connus sur Internet.

Ils s’étaient enlacés.
Elle s’était projetée.
Il l’avait jetée.

Sophie n’est presque pas sortie de chez elle de l’hiver. Elle a passé beaucoup de temps sur Internet. À chercher comment recevoir une transplantation cardiaque en évitant d’avoir recours au trafic d’organes. Car elle devait se rendre à l’évidence: son coeur brisé était désormais clairement inutilisable.

Jusqu’au moment où, accompagné de son chiffon anti face­ de­ boeuf, le soleil sorte faire sa job.

Qu’il vienne réchauffer les bières trop vite, sur les terrasses du côté est de la rue Saint­-Denis.

Qu’il fasse sortir les bedaines ayant poussées au chaud dans leurs manteaux pendant l’hiver.

Qu’il fasse exploser les jardins en couleur.

Qu’il aille rougir les p’tites joues d’la marmaille au Parc Lafontaine.

Et, qu’il parte entamer la guérison des coeurs. Même de ceux qu’on croyait complètement hors d’usage. 

J’ai lu ça hier lors de ma participation à un cabaret littéraire ayant comme thème Printemps désirable (beau jeu de mots). Je lisais un de mes textes pour la première fois en public. Aimer faire le pitre en classe (ou en meeting d’affaire) ne veut pas dire être pertinente devant un micro avec des gens qui écoutent juste toi… J’ai adoré ça. 

Marie habite à Montréal, est co-fondatrice de www.enamour.co et une maman sérieuse, la plupart du temps. Ok non pas la plupart du temps pantoute.

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